Collèges

LSUN : Les enjeux idéologiques de l’évaluation par compétences.

Avec l’entrée en vigueur de la réforme du collège cet automne, un nouvel outil d’évaluation des élèves fait son apparition, le Livret Scolaire Unique Numérique (LSUN). Il s’agit d’une base d’évaluation numérisée, qui consigne les résultats des élèves, de l’école primaire jusqu’à la fin du collège. Présenté comme le moyen « d’améliorer la continuité des apprentissages à l’intérieur de chaque cycle de la scolarité obligatoire », sa finalité est de faire converger les formes d’évaluations du collège (majoritairement sous forme de notes et d’appréciations) vers celles de l’école primaire (essentiellement sous forme de compétences). Ce livret unique doit faire cesser la dualité qui perdurait jusqu’ici au collège, où deux formes d’évaluations distinctes et concurrentes coexistaient. Et où les évaluations notées avaient la prééminence sur les évaluations par compétences, lesquelles étaient consignées séparément, dans une grille complexe, peu lisible et massivement rejetée par les enseignants : le Livret Personnel de Compétences (LPC).

Appliquer les prescriptions de l’Union Européenne.

Pour mémoire, la première tentative d’imposer l’évaluation par compétences remonte aux années 2006-2012. Elle coïncide sur le plan politique à l’offensive idéologique menée contre l’école publique, par le gouvernement de M. Sarkozy. Son but était d’appliquer au système éducatif français, les préconisations éducatives de l’Union Européenne, dans le cadre de la Stratégie de Lisbonne (ou Europe 2020). Cette première offensive avait donné lieu à de vraies résistances de la part des équipes pédagogiques et du SNES-FSU en particulier, par le refus de renseigner le LPC. Ce boycott, mené avec beaucoup de persévérance et de détermination par les professeurs, avait permis de contrer les visées gouvernementales, pour un temps. Nous rejetions par là, la volonté de l’OCDE, de l’UE et des officines patronales les plus réactionnaires, de transformer en profondeur les systèmes éducatifs européens dans un sens essentiellement utilitariste, où « le savoir n’a de valeur que dans un agir qu’il a rendu plus efficace ».

Le refus d’un pilotage de l’école par les compétences.

 ? travers l’imposition de l’évaluation par compétences, nous dénoncions ? et nous continuons de dénoncer ? la tentative de mettre en équivalence pratique ce qui se fait à l’école (production scolaire, savoirs, connaissances) et les besoins du marché du travail, la ressource humaine. Nous nous élevions contre l’idée selon laquelle la solution au chômage de masse trouverait sa résolution dans l’abaissement des droits des travailleurs. La recherche de la baisse du coût du travail ne saurait justifier le nivellement des qualifications des futurs salariés. Car ceux qui défendent la concurrence généralisée, la flexibilité et l’adaptabilité - c’est-à-dire la précarité comme nouvelle norme sociale -, sont aussi ceux qui réduisent le temps scolaire, diminuent l’offre éducative et privent l ??cole publique des moyens nécessaires pour fonctionner. Nous contournions enfin la tentative gouvernementale d’imposer un nouveau mode de contrôle du travail enseignant, à travers la fixation d’objectifs de performances, l ?intensification de la charge de travail et la multiplication des évaluations des élèves. Nous sentions poindre par là, les obligations de résultats chiffrés (taux de réussite), l’immixtion de la norme de l’employabilité et du contrôle managérial au c ?ur du système éducatif ? en un mot, le pilotage par les compétences.

LSUN, pour mettre en cohérence le socle, les programmes et l’évaluation par compétence

Confronté sur le terrain à l’incapacité de faire adopter le LPC, le ministère a cherché, dans le cadre de l’alternance politique qui s’est ouverte en 2012, le moyen pratique de faire adopter une nouvelle mouture, plus difficilement contournable par les personnels. La réforme du collège a été l’agent de ce changement, qui a permis de mettre en cohérence le socle, les programmes et l’évaluation, afin d’établir une grille unique, qui fusionne en un seul document les compétences du socle travaillées, les appréciations du professeurs et la moyenne de l’élève. Comme « la maîtrise progressive des compétences déclinées par le socle commun s’évalue désormais en cohérence avec les nouveaux programmes d’enseignement, permettant une seule et même évaluation des acquis3 », il sera aisé de la part des équipes de direction et des corps d’inspections d’en exiger la saisie, ou d’exercer des pressions et des intimidations en ce sens. Et comme les éléments du programmes travaillés (les compétences du socle) apparaissent dans le bulletin, il sera plus difficile d’expliquer aux parents les raisons pour lesquelles il n’est pas rempli. En ce sens, nous reconnaissons l’un des traits les plus caractéristiques du néo-management, qui consiste à faire endosser aux usagers, un rôle de surveillance des personnels.

Plus que jamais, la résolution de cette difficulté passe par une défense collective et par la création d’un rapport de force concret, dans les salles des professeurs, pour faire reculer les équipes de direction trop zélées à appliquer une réforme honnie par la majorité des personnels.

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